Hardtail Life : Pourquoi je préfère la bagarre au canapé
Tu connais ce goût de fer qui te tapisse la langue ? Pas le petit bobo après une vautre, non. Je te parle de la saveur de l’effort pur, ce cocktail sang-adrénaline mixé à la poussière que tes potes t’envoient au visage comme une insulte.
Tu es là, planté au milieu d’un pierrier infâme. Ton vélo ? Une caisse à outils jetée dans un escalier : ça claque, ça hurle, ça veut ta mort. Tes chevilles ? Elles sont en train de négocier un divorce à l’amiable avec tes jambes.
Et devant… le vide.
Juste la trace insolente d’un pneu arrière en 2.35 qui s’éloigne avec une facilité déconcertante. Ton pote, en tout-suspendu, est en train de te mettre un boulevard. Le mec est limite assis, tranquille, il pourrait presque se commander un café pendant que son amortisseur gobe le relief.
Pendant ce temps, toi, tu es en pleine guerre nucléaire. Tu te bats avec ton cintre comme si tu tentais de dompter un alligator sous acide. Chaque caillou est une mine personnelle, chaque virage est un pari sur tes dents.

C’est ça, la magie du rigide : quand ton pote survole le chaos, toi, tu en fais partie.
Si tu lis ces lignes, c’est qu’on partage la même pathologie. On a tous, un jour, fait ce choix chelou, un peu maso, de s’infliger l’endurigide. Pourquoi ? Pour le budget ? Pour ne plus passer sa vie à entretenir des pivots ? Ou juste pour cette philosophie “retour aux sources” qui ressemble parfois furieusement à un retour à l’âge de pierre ?
Mais bordel, soyons honnêtes : qu’est-ce que c’est dur. Il y a quelques années, j’étais à deux doigts de rendre les gants. À côté de mon semi-rigide, j’ai une arme de destruction massive : un Transition Sentinel. Le truc, c’est un nuage. Une machine de guerre qui gomme tes erreurs de trajectoire comme si elles n’avaient jamais existé. Un tapis volant qui te pardonne tout, même tes pires idées à 40 km/h. C’est mon joker “confort” pour les sorties épiques où je tiens à mes vertèbres.
Et puis, sur un coup de tête — sûrement une insolation ou un excès de caféine — j’ai eu soif de simplicité. J’ai craqué. Je me suis monté un Sobre Off 7.
De l’acier, une géométrie qui te crie “attaque ou crève”, et la promesse d’un fun pur et sans filtre. C’est le retour de la vraie connexion avec la terre : tu ne roules plus sur le sentier, tu le lis en braille avec tes chevilles.
Le Off 7, c’est pas juste un vélo, c’est une leçon d’humilité à chaque racine. Passer du Sentinel au Sobre, c’est passer de la Playstation au combat à mains nues. C’est épuisant, c’est bruyant, mais qu’est-ce que c’est bon de sentir l’acier chanter sous ses pieds quand on arrive enfin à tenir la ligne !

La première sortie ? Un désastre nucléaire pour mon ego. J’avais l’impression d’être redevenu un débutant complet, celui qui découvre que les pédales servent à avancer et que les arbres, ça fait mal.
Je me faisais brasser comme un glaçon dans un shaker, éjecter de la trace à la moindre racine, et distancer par des types qui, d’habitude, voient mon pneu arrière s’éloigner dès le premier virage.
Et le pire ? L’attente aux intersections. Mes potes, m’attendaient avec ce petit sourire compatissant de Grand-Mère qui te demande si tu as bien mis ton écharpe. « Ça va l’ancien ? Pas trop dur pour tes lombaires de quarantenaire ? Tu veux qu’on passe en mode rando-santé pour que tu puisses suivre ? » J’avais juste envie de balancer le vélo dans le ravin, de rentrer à pied et de m’inscrire au curling.
En rentrant, j’ai croisé le regard de mon Sentinel pendu au mur du garage. Il brillait, il était beau, il me murmurait : « Alors champion ? C’est comment de rouler sur un marteau-piqueur géant ? Reviens, j’ai 140 mm de pur velours qui n’attendent que toi. »
J’ai failli craquer. J’ai failli mettre une annonce sur Leboncoin : “Vends Sobre Off 7, état neuf, cause erreur de casting” Je me traitais de hipster du VTT, de puriste en chemise à carreaux qui se voile la face en refusant le progrès.
Sérieux, pourquoi s’infliger ça ? C’est comme jeter son smartphone pour revenir au télégraphe juste « pour la sensation du clic-clic ». Une connerie monumentale… du moins, c’est ce que je pensais à ce moment-là.
Et puis, le déclic. L’illumination divine.
J’ai pigé que le problème n’était pas entre les roues, mais entre mes deux oreilles. J’essayais de piloter mon Sobre comme un bourrin, en mode “je fonce dans le tas et ma suspension gérera l’intendance”. Sauf que là, l’intendance, c’était mes chevilles.
Un moniteur MCF avec qui je roule, qui a un coup de guidon plus précis qu’un laser de chirurgien m’a balancé la vérité : « Arrête de vouloir violenter le terrain, danse avec lui ! »
J’ai arrêté de passer en force comme un bulldozer en panne. J’ai commencé à lire le sentier en haute définition. Chaque racine est devenue un tremplin, chaque compression un shot d’énergie. Au lieu de subir les impacts, je les ai transformés en vitesse.
Aujourd’hui ? Mon Sentinel commence à prendre la poussière dans le garage. Il me regarde d’un air triste, avec ses 160 mm de débattement qui s’ennuient ferme.

Mais le vrai kiff, le nectar absolu, c’est le regard des autres. Tu arrives en station ou sur un spot bien technique avec ton vélo qui semble avoir « oublié la moitié de ses composants ». Les mecs en tout-mou te regardent avec une pitié mal dissimulée… jusqu’au premier virage.
Quand tu leur fais l’intérieur dans une épingle avec une précision de scalpel, ou que tu leur colles au train dans un pierrier alors qu’ils sont en train de régler leur molette de rebond… Leur cerveau court-circuite. Voir un mec sur un vélo d’All-Mountain se faire chauffer les fesses par un cadre en acier sans amorto, c’est ça, la vraie drogue. On n’est plus des hipsters, on est des alchimistes : on transforme la douleur en pur plaisir de pilotage.
Ce guide, c’est pas de la théorie de comptoir. C’est ce que j’ai appris à la dure, à force de me faire secouer la pulpe et de rentrer avec des hématomes. Pose ta bière, prends des notes, on va voir comment transformer ton bout de métal en arme de destruction massive.
Le “Réalité Check” : Accepte ta condition de guerrier pour mieux régner
On est d’accord : physiquement, ce n’est pas une rando, c’est Verdun sur deux roues.
Le tout-suspendu ? C’est le tapis roulant de l’aéroport. C’est génial, hein, je ne crache pas dans la soupe. Ça te pardonne tes trajectoires de débutant bourré, ça colle à la piste comme une ventouse et ça te permet de finir ta journée de Bike Park avec assez de fraîcheur pour commander une pinte sans trembler de la main.
Toi ? Oublie le luxe. En endurigide, tu n’as pas de majordome hydraulique à l’arrière pour lisser tes bêtises. Ton corps EST l’amortisseur. Chaque racine que tu foireras, c’est un message direct envoyé à tes lombaires. Chaque réception un peu courte, c’est tes chevilles qui font office de fusible (et qui crient “AU SECOURS”). Tu ne peux pas te permettre d’être un “sac à patates” posé sur la selle en attendant que le paysage défile. Si tu déconnectes, le vélo te rappelle à l’ordre avec la tendresse d’un coup de poêle à frire. Tu dois être gainé, actif, électrique… bref, vivant.
C’est pour ça que tu finis tes sorties rincé, avec l’impression d’être passé dans une essoreuse industrielle. Mais c’est aussi pour ça que tu vas devenir un monstre de technique.
Soyons honnêtes : sur un champ de mines rectiligne, le tout-mou te mettra une valise. C’est de la physique, Newton est un gars têtu, on ne lutte pas contre 160 mm de débattement avec de la bonne volonté. Mais voilà le secret : certains pilotes de tout-suspendu sont devenus technologiquement paresseux. Ils laissent le vélo faire le job, ils dorment sur leur suspension.
Toi, tu vas développer une “intelligence de fourbe”. Tu vas compenser l’absence de piston par une lecture du terrain en 4K. Ton objectif ? Ne pas essayer de les battre sur leur terrain (le gros défoncé tout droit où ils font les malins). Non, toi, tu vas les assassiner sur le tien :
- Les virages : là où tu tournes sur une pièce de 2 centimes.
- Les relances : où chaque coup de pédale te propulse comme un élastique géant.
- Les trajectoires de génie : là où ils voient un chaos, toi tu vois une ligne de billard.
Un endurigide bien emmené, c’est une arme de précision. Tu ne subis plus la piste, tu la découpes au scalpel pendant que les autres s’endorment dans leur canapé roulant.
La “Ligne de Velours” contre la Trajectoire de Bulldozer
C’est l’erreur fatale qui m’a fait détester mon Sobre Off au début : je suivais bêtement la roue arrière de mes potes.
Mauvais plan. Ton pote devant, sur son gros enduro de 170 mm ? Il voit un champ de mines ? Il déconnecte le cerveau, lâche les freins et tire tout droit. Son amortisseur gère l’intendance, sa roue arrière reste collée au sol comme si elle était aimantée, et il garde sa vitesse de croisière.
Toi, tu arrives derrière, tu prends la même ligne… et là, c’est le film d’horreur. Ta roue arrière tape une pierre, rebondit comme un ballon de basket, part en sucette latérale (le fameux “kick” qui te remonte jusque dans les dents), tes pieds quittent les pédales. Fin du game. Tu viens de perdre dix mètres, trois vertèbres et ton amour-propre.

Arrête de copier ! Tu ne joues pas au même sport. Eux, ils font du bowling ; toi, tu fais du billard de précision. Tu dois devenir un sniper de la trajectoire. Ta mission ? Débusquer la Ligne de Velours.
C’est quoi, cette licorne ? C’est souvent cette bande de 20 centimètres planquée juste à côté de la “Main Line”. La trace principale, c’est l’enfer : creusée par les freinages de trappeurs, farcie de “brake-bumps” qui sont la kryptonite de ton semi-rigide, et truffée de racines pelées qui ne demandent qu’à t’envoyer au tapis. Un vrai vibromasseur géant.
Regarde les extérieurs ! Souvent, il y a cette petite corniche de terre meuble, encore tapissée d’épines de pin ou de feuilles mortes, lisse comme un billard. Ou alors, va chercher le “cut de fourbe” tout à l’intérieur, celui que personne ne prend parce qu’il faut engager les épaules et braquer comme un sourd.
Piloter un endurigide, c’est de la haute couture. Tu ne cherches pas à aplatir l’obstacle comme un rouleau compresseur, tu cherches à le dribbler.
- Le tout-mou : Traverse le dévers de racines en priant le dieu du Grip.
- Toi : Tu claques un petit bunny-hop de ninja à l’entrée pour atterrir pile sur la zone lisse derrière la racine maîtresse.
C’est épuisant ? Oh que oui. Ton cerveau scanne le terrain en 8K, 120 images par seconde. Tu ne déconnectes jamais. Mais quand tu trouves cette fluidité… quand tu traverses un chaos sans que ton cadre ne bronche, juste parce que tu as posé tes pneus au millimètre près… la jouissance est totale. Tu n’as pas juste descendu la piste. Tu as hacké le système. Tu as trouvé le code secret du trail que les autres, dans leur confort anesthésiant, n’ont même pas aperçu.
L’Arme du Regard : Créer un “Buffer” pour ton Cerveau
C’est la règle d’or, le commandement numéro 1 : si tu mates ta roue avant, t’es mort. C’est valable pour tout le monde, mais en semi-rigide, c’est une question de survie immédiate, façon film d’action. Pourquoi ? Parce que ton corps n’est pas qu’un tas de muscles, c’est une paire de suspensions hydrauliques ultra-sophistiquées. Mais attention, le processeur central (ton cerveau) tourne sur un vieux Windows : il a de la latence.
Si tu découvres le rocher au moment où ton pneu tape dedans, c’est le court-circuit assuré. Tes muscles se contractent par pur réflexe de panique, tu deviens rigide comme une barre à mine, et là… BAM ! Le vélo t’éjecte comme un bouchon de champagne un soir de victoire.
Le secret ?. Tu dois te créer une zone tampon, un chargement de données en avance. Tu scannes le terrain 10 ou 15 mètres devant, comme un radar de pointe. Ton cerveau enregistre le bazar : « OK, pavé pointu à droite, racine savonneuse à gauche, cuvette de la mort au milieu. » Il envoie direct le script à tes jambes : « Préparez-vous à fléchir dans 3, 2, 1… Allégez l’arrière… Maintenant, poussez ! » Quand tes pneus touchent enfin l’obstacle, tu ne le regardes même plus. Tu es déjà en train de scanner le virage suivant, limite tu cherches déjà où est la buvette en bas de la piste. Ton corps, lui, exécute le programme en mode pilote automatique : il absorbe, il danse, il encaisse.
C’est comme ça que tu finis par coller au train des potes. Pendant qu’ils subissent le terrain en mode “réaction de dernière seconde” grâce à leur matelas pneumatique, toi, tu es dans le futur.
Au début, j’étais obsédé par ce qui se passait sous mes pneus. J’étais tétanisé, je subissais chaque choc comme une agression surprise, une insulte personnelle de la part de la nature. Aujourd’hui, quand ça commence à tabasser sévère, je me force à lever le menton.
C’est totalement contre-intuitif. Ton instinct te hurle de surveiller ce qui va te briser les jantes, mais c’est justement là qu’il faut regarder l’horizon. Plus ça va vite, plus tu dois regarder loin. C’est la seule façon de ralentir le temps (façon Matrix, mais avec de la boue sur les lunettes) et de garder le contrôle de ton destin.
Le Pompage : Ton Bouton “Nitro” Naturel
S’il y a bien un domaine où tu peux littéralement humilier tes potes en tout-mou, c’est le pompage.
Regarde-les, sur leurs gros enduros à 8000 boules : quand ils poussent sur les jambes dans un creux pour essayer de prendre de la vitesse, leur suspension s’écrase comme un vieux matelas à ressorts. C’est mou, c’est spongieux, c’est du gaspillage d’énergie pur et simple. Ils pédalent dans la semoule, toi tu vas pédaler dans l’espace.
En endurigide, on est en “Direct Drive”, bébé. Pas de filtre, pas de perte de réseau entre tes cannes et le sol. Chaque mouvement de terrain, même la plus petite bosse de taupe, devient une rampe de lancement.
Tu vois ces petites compressions, ces vagues de terre que les autres ignorent royalement ?. Écrase-toi dedans avec la hargne d’un boxeur et pousse comme un sourd. Ton vélo ne va pas s’enfoncer, il va gicler vers l’avant avec une violence jouissive.
C’est mon secret pour rattraper les copains. Dans le champ de mines, je perds du terrain ? Normal, je n’ai pas de ressort magique. Mais dès que le sentier devient un peu “flow”, dès qu’il y a une cuvette ou un virage relevé… je me transforme en pompe hydraulique humaine. Je génère des watts là où les autres se contentent de subir la gravité de manière passive.

C’est une sensation de glisse absolue. Tu hackes les lois de la physique : tu transformes ton poids qui descend en vitesse de pointe. Rendement ? 100%.
Le conseil d’ami : Arrête de vouloir pédaler dans le technique. Tu vas juste éclater tes manivelles sur un caillou, te déséquilibrer et finir par embrasser un chêne. À la place, pompe ! Utilise le sentier comme un Pump Track géant. C’est ton moteur turbo, ton joker, ton avantage déloyal.
Quand tu sens le cadre acier te renvoyer toute l’énergie et que tu accélères d’un coup, sans même avoir touché aux pédales, juste parce que tu as bien “chargé” un creux… c’est une sensation de puissance brute qu’un tout-suspendu ne pourra jamais t’offrir. Exploite-le sans pitié, et regarde-les s’essouffler à essayer de te suivre !
La Mécanique de Survie : Prépare ta Machine pour l’Enfer
Les Pneus : Oublie les ballons de basket !
Le mec qui te dit « je gonfle à 2.2 bars pour ne pas pincer », c’est un hérétique. À cette pression, ton pneu est un ballon de basket gonflé à l’hélium. Tu vas rebondir sur chaque caillou comme un flipper sous amphétamines. Zéro grip, zéro confort, et tes plombages qui sautent à chaque racine.
Mais si tu baisses la pression sans protection… CLANG ! Ta jante carbone fait un bisou mortel au granit.
- La solution obligatoire : L’insert (la mousse). CushCore, Panzer, ce que tu veux, mais il t’en faut un. C’est ton garde du corps. Ça protège ta jante, mais surtout, ça agit comme un amortisseur hydraulique pour ton pneu. Ça calme les nerfs de l’air comprimé.
- La carcasse : Oublie les pneus “papier à cigarette” type EXO. Il te faut du DoubleDown ou du SuperGravity. Sur un rigide, le pneu se fait maltraiter en latéral comme jamais. Il te faut des flancs en béton armé pour ne pas déjanter dès que tu envoies un appui de trappeur.
La Fourche : Sois fier, reste haut !
L’erreur de débutant (qu’on a tous faite) : régler sa fourche en mode “chamallow” pour compenser l’arrière. Grosse bêtise. Si ta fourche est trop molle, elle plonge au moindre coup de frein. Ton angle de direction se ferme, le vélo devient nerveux comme un chaton sous caféine, et l’arrière – qui est léger et rigide – ne demande qu’une chose : te passer par-dessus la tête. C’est l’invitation VIP pour un OTB (Soleil) magistral.
- Le réglage de patron : Du maintien ! Rajoute un token, ferme les compressions basses vitesses. Tu veux que ton vélo reste haut et fier. La fourche doit encaisser l’impact, pas disparaître sous le cadre. Si le nez pique du nez, tu finis dans les fougères.
Le Poste de Pilotage : La chasse aux fourmis
Ce qui tue le pilote de hardtail, c’est la tétanie. Ces micro-vibrations qui transforment tes bras en blocs de béton.
- Le cintre : Vire ta barre à mine en alu de 35mm. Prends un cintre qui a du “flex” (comme le OneUp ou le Spank Vibrocore). Tes mains te diront merci à 17h quand tu pourras encore attraper tes leviers de freins.
- Les roues : Attention au piège du carbone ultra-rigide. Sur un rigide, une roue trop raide est une punition divine. Elle glisse au lieu de mordre, elle tape au lieu de filtrer. On veut de la souplesse verticale, du grip, de la tolérance. On veut un scalpel, pas une barre de fer.
Le mot de la fin (pour cette étape)
Optimiser un endurigide, c’est de l’alchimie. Tu transformes un cadre en acier brut en un tapis de yoga haute performance. Une fois que t’as trouvé le bon combo carcasse/mousse/basse vitesse, tu n’as plus un vélo, tu as une extension de ton système nerveux.
Alors, question matos : T’as déjà testé la sensation du “pneu mort” avec un gros insert ? Ce moment où tu poses le vélo et qu’il fait un bruit de “poc” sourd au lieu de “boing”… c’est là que tu sais que tu vas pouvoir faire l’intérieur à tes potes sans même trembler !
Le Calvaire des Racines et du Défoncé : La Technique des “Pieds Légers”
C’est là que le combat commence. La section de racines mouillées qui ressemble à un nid de serpents, le pierrier instable où chaque pierre a juré ta perte… Tes potes s’éloignent, leurs suspensions font le job de babysitter. Toi, tu plonges dedans. Ça tape. BAM, BAM, BAM.
Ton premier réflexe de survie ? Te crisper comme si tu passais une coloscopie sans anesthésie. Tu serres les fesses, tu verrouilles les jambes, tu deviens un bloc de béton. Erreur fatale. Tu viens de fusionner avec ton cadre. Chaque impact qui soulève le vélo te propulse en orbite. Tu ne roules plus, tu ricochas. Tu perds le grip, tu perds tes dents, tu perds ton honneur.
C’est là qu’intervient la technique secrète des “Pieds Légers” (ou Light Feet pour faire style).
L’idée est simple mais demande un sang-froid de tueur à gages :
- Le haut du corps : Tu es un roc. Le buste gainé, les coudes sortis comme si tu allais mettre un coup de pression en boîte, la poitrine ouverte. Tu tiens la barre, tu es le capitaine du navire.
- Le bas du corps : C’est la fête du slip. Tes jambes doivent être totalement découplées de ton tronc. Imagine que tes pédales sont des plaques de cuisson brûlantes : tu veux les effleurer, pas t’y coller.
Quand le vélo se mange un parpaing et remonte violemment, tes jambes doivent se plier à la vitesse de l’éclair pour absorber le choc. Quand le vélo plonge dans un trou, tes jambes se détendent pour aller chercher le sol comme si tu voulais attraper une pièce de monnaie au fond d’une piscine.
Tu ne subis plus le vélo, tu le laisses vivre sa vie d’animal sauvage. S’il veut ruer, laisse-le ruer. S’il veut chasser de l’arrière de 10 centimètres, laisse-le faire son petit drift. Tant que ta roue avant est verrouillée sur la Ligne de Velours et que tes yeux sont fixés sur la sortie, l’arrière finira toujours par revenir. C’est mathématique (enfin, on espère).
C’est une danse brutale, un mix entre de la boxe et du ballet classique sous acide. C’est épuisant, c’est violent, mais quand tu sors de la section sans avoir touché aux freins, avec le vélo qui a swingué sous toi sans jamais te désarçonner… Le shot de dopamine est indécent. Tu n’as pas juste passé l’obstacle, tu l’as apprivoisé.
Le Freinage : L’Art d’être un Lâche… au bon moment
Oublie le “léchage” de plaquettes, cette habitude de timoré qui consiste à garder un doigt sur le frein « au cas où ». En rigide, c’est la recette du désastre. Tu dois devenir un adepte du pilotage en pointillés.
L’art du Freinage Tactique : Tu dois scanner la piste comme un Terminator en quête de sa cible. « Analyse : zone de terre lisse détectée sur 1,50 mètre avant le chaos total. » C’est LÀ que tu plantes tout. Tu écrases tes freins comme si ta vie en dépendait. Tu casses ta vitesse brutalement, tu passes de “balle de fusil” à “tortue de course” en un clin d’œil.
Et dès que tu entres dans la zone de guerre (racines, pierriers, apocalypse locale) ? TU LÂCHES TOUT. Oui, c’est flippant. Ton cerveau, ce grand lâche, te hurle : « FREINE, ÇA SECOUE TROP, ON VA TOUS MOURIR ! ». Mais tu dois lui répondre : « Tais-toi, cortex ! La vitesse, c’est la vie ! ». Si tu freines dans le chantier, tu es cuit :
- Ton poids bascule sur l’avant.
- Ta fourche plonge (souviens-toi de l’OTB !).
- Ton arrière devient aussi léger qu’un pop-corn et commence à danser la samba.

Accepte la vitesse. Traverse le bordel en mode “roue libre”, laisse ton Sobre Off respirer et s’agiter sous toi sans le brider. C’est du On/Off. C’est binaire. Tu es soit en train de décélérer comme un trappeur sur le billard, soit en train de survoler le chaos sans aucune entrave.
C’est un jeu de nerfs. Mais quand tu piges le truc, tu te rends compte qu’un vélo qu’on laisse rouler est dix fois plus stable qu’un vélo qu’on essaie de ralentir de force au milieu des cailloux.
L’Après-Ride et la Psychologie du Masochiste
Tu arrives en bas. T’as les avant-bras durs comme du bois, tétanisés. T’as de la poussière plein les dents, tes yeux piquent. Tes potes sont là, ils t’attendent depuis peut-être trente secondes, une minute. Mais regarde leurs visages. Ils sont “normaux”. Ils discutent de leur déjeuner. Toi ? T’as le sourire du fou. Tu as le regard brillant. Tu as vécu la descente en IMAX 4D avec le son à fond, alors qu’eux l’ont regardée confortablement installés dans leur canapé.
Tu as senti chaque texture du sol, chaque caillou, chaque variation de grip. Tu as dû te battre, réfléchir, anticiper, être créatif. Ta victoire, elle est là. Tu n’as pas juste descendu la montagne, tu as fusionné avec elle. Tu as survécu.
Mais attention, le boulot n’est pas fini. Le rigide, c’est simple, c’est fiable… mais ça détruit les composants à une vitesse folle. Les vibrations que tu n’as pas senties grâce à ton adrénaline et tes jambes fléchies, ton vélo les a prises de plein fouet. Check tes rayons impérativement. La roue arrière d’un endurigide souffre le martyre. Les rayons se détendent, les écrous se dévissent.
Si tu ne les retends pas régulièrement, tu vas faire un taco, plier ta roue en huit sur un appui. Vérifie la visserie complète. Tout se dévisse avec les vibrations haute fréquence : vis de dérailleur, vis de porte-bidon, axes de pivots de freins, vis de disques.
Le Loctite bleu est ton meilleur ami, achètes-en des litres. La chaîne claque tellement qu’elle s’use plus vite, et les impacts latéraux peuvent fragiliser les maillons rapides. Prendre soin de son endurigide le soir, c’est un rituel. C’est remercier la machine d’avoir tenu le coup, c’est respecter l’outil qui te permet de défier la logique.
Alors voilà. Tu ne seras peut-être jamais le plus rapide du chrono sur une piste défoncée type Coupe du Monde. Et honnêtement, on s’en fout royalement. Mais si tu appliques ça : la ligne de velours, le regard loin, le pumping agressif, les pneus blindés à basse pression et cette dissociation du corps… tu vas voir quelque chose changer radicalement.
Tu ne seras plus le boulet qu’on attend. Tu vas devenir ce mec pénible qui colle à la roue arrière des gros vélos dans le sinueux, qui leur met la pression, qui leur hurle dessus pour qu’ils avancent, et qui les double à la faveur d’une trajectoire extérieure improbable que tu es le seul à avoir vue.
Garde ton rigide. Ne retourne pas tout de suite à la facilité du tout-suspendu. La courbe d’apprentissage est raide, elle fait mal, elle est ingrate au début (souviens-toi de mon Sentinel qui prenait la poussière et de mes envies d’abandon).
Mais une fois que tu as passé le cap, une fois que tu sais piloter léger sur un vélo qui ne pardonne rien… tu deviens un pilote complet, un pilote fin, un pilote vrai. Allez, gonfle tes pneus (mais pas trop), check tes serrages, et va leur montrer que c’est pas le vélo qui est trop rigide, c’est eux qui sont trop mous. Gainage, regard, gaz !
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Crédits photos : Saracen bike

