De la poussière à la neige bretonne : J’ai poussé les Mallet DH Bruni dans leurs retranchements
Il existe deux catégories de composants VTT : ceux que l’on monte par nécessité, et ceux qui provoquent un petit moment de recueillement religieux à l’ouverture de la boîte. L’édition limitée Loïc Bruni des célèbres Mallet DH appartient indiscutablement à la seconde. Mais une fois l’effet “waouh” dissipé, ce bijou à 149 € est-il capable de survivre à la brutalité d’un hiver breton ? Réponse après un semestre de torture sur mon endurigide.
Fin septembre, au moment de déballer ces œuvres d’art, le contraste dans le garage était saisissant. Monter cette anodisation asymétrique – rouge passion à droite, bleu profond à gauche – sur mon Sobre OFF tenait presque de l’insolence. Sur ce cadre en acier aux lignes fines et à la sobriété assumée, l’effet visuel est une véritable gifle. C’est un peu comme si l’on décidait de monter des jantes larges de Formule 1 sur un Defender préparé pour le rallye-raid : un choc esthétique violent, mais terriblement racé. Au-delà du “pimp” visuel, je voulais surtout savoir si cet investissement allait tenir la distance face aux éléments.
Le choc des générations : Mallet 3 contre Mallet DH
Venant des Mallet 3, que j’ai poncées pendant des années sur tous les sentiers, je m’attendais naïvement à une simple mise à jour cosmétique ou à un léger gain de robustesse. La réalité du terrain m’a rapidement contredit. La différence de sensation au pied n’est pas nuancée, elle est fondamentale. Là où la Mallet 3 est une excellente pédale de trail polyvalente qui “accompagne” le mouvement, la Mallet DH se révèle être une véritable plateforme de guerre qui “verrouille” le pilote.



Sur un endurigide, cette distinction est vitale. L’absence de suspension arrière expose le pilote à toutes les secousses, et avec la Mallet 3, il m’arrivait de sentir l’axe rouler sous la semelle dans le gros cassant. Avec la DH, cette sensation disparaît totalement grâce à une plateforme nettement plus large et, surtout, véritablement concave. Le pied ne se pose pas simplement dessus, il est littéralement “aspiré” au cœur de la pédale. De plus, le Q-Factor de 57mm – plus large de 5mm par rapport à la petite sœur – offre un bras de levier supérieur. Lorsque l’arrière du vélo commence à ruer dans les brancards, cet élargissement stabilise l’assiette et permet d’inscrire le vélo en courbe avec une autorité nouvelle.
L’écosystème “Match System” : La fin du tâtonnement
Il serait injuste de juger ces pédales sans évoquer l’autre moitié de l’équation : la chaussure. J’ai couplé ces pédales avec les modèles de la marque (Mallet E Speedlace), conçus autour de la “Match Box”. Cette zone évidée sous la semelle crée une rampe d’accès naturelle vers le mécanisme. La synergie est totale. Fini le temps où l’on cherchait l’enclenchement en grattant la pédale du bout du pied. Ici, on pose le pied de manière approximative, on appuie, et le fameux ressort à quatre faces vient chercher la cale instantanément.



Sur un cadre rigide où l’on se fait brasser sans ménagement, cette facilité de ré-engagement devient une assurance-vie. S’il faut sortir un pied en urgence pour rattraper un virage mal engagé ou un dévers glissant, on sait que l’on pourra reclipser en une fraction de seconde, sans même quitter le sentier des yeux. C’est une sérénité mentale qui permet de lâcher les freins davantage.
Une mécanique à l’épreuve du déluge
Sous cette anodisation rutilante se cache une conception industrielle pensée pour durer, ce qui explique les 479 grammes sur la balance. Crankbrothers semble avoir définitivement tourné la page des soucis de fiabilité d’antan. L’axe en acier Chromoly SCM 435 forgé est soutenu par un duo redoutable : un palier lisse Igus LL-glide côté manivelle et un roulement cartouche Enduro MAX à l’extérieur.
Le véritable juge de paix n’a pas été la poussière de l’été indien, mais bien le mois de janvier, avec son cocktail infâme de boue collante et de neige fondue. C’est dans ces conditions que le système “Eggbeater” humilie la concurrence. Son design ouvert, sans plateforme pleine sous la cale, empêche tout bourrage. Pendant que mes compagnons de sortie passaient leur temps à taper leurs chaussures contre leurs manivelles pour évacuer la glace compactée dans leurs cales SPD, je continuais d’enclencher avec une fluidité insolente. Le mécanisme rotatif évacue la boue à chaque pression : un auto-nettoyage permanent et salvateur.
Verdict : Le prix de l’excellence
Sur le terrain, la pédale a également joué le rôle de bouclier. Le boîtier de pédalier du Sobre OFF étant bas, les impacts contre le granit breton furent nombreux. Là où une pédale carrée aurait accroché l’obstacle, risquant de m’envoyer par-dessus le guidon, les bords biseautés de la Mallet DH ont agi comme des “sliders”, faisant glisser le vélo sur la roche. Même l’endcap hexagonal en alliage a parfaitement protégé les roulements malgré les cicatrices de guerre.

Soyons honnêtes : à 149 €, la Mallet DH Édition Bruni est un produit élitiste, un investissement passion. Elle demande aussi un peu d’attention, notamment via l’usure de ses cales en laiton – un choix technique pour préserver l’acier de la pédale – qu’il faudra remplacer plus souvent que chez la concurrence. Mais après six mois d’un traitement inhumain, le constat est sans appel.
Ce n’est pas juste du marketing : la montée en gamme transforme réellement l’expérience de pilotage. Stabilité accrue, confiance absolue dans le pentu et fonctionnement inaltérable dans la boue font de cette pédale un “must-have” pour qui veut sublimer son montage et sécuriser ses appuis. C’est du matériel de champion du monde, et après un hiver en Bretagne, on comprend pourquoi Loïc Bruni leur fait confiance.

